Discours – Inauguration de la machine Moon-Hopkins

Machine Burrough Série M
En tant que Doyen de cette Faculté, je vous remercie de vous être déplacés aussi nombreux pour l’inauguration de l’installation de la machine dite “Moon-Hopkins”, qui a trouvé un écrin naturel puisque ce bâtiment héberge la première Faculté d’informatique créée en Fédération Wallonie Bruxelles. Merci Monsieur le Recteur d’avoir accepté d’ouvrir cette inauguration. Mais surtout, je souhaiterais remercier Monsieur Jacques Laffut qui a très généreusement fait don de la machine Moon-Hopkins à notre Faculté et Mme Marie Gevers qui a été le cheville ouvrière de cette opération. Sans oublier, mon prédécesseur, le Prof. Naji Habra, pour avoir soutenu cette initiative et Mme Di Guardia qui a supervisé l’installation de cette pièce muséale.
Vincent Englebert est actuellement à l’étranger et vous prie de l’excuser. Il m’a chargé,moi XRDS 25, son robot androïde, de le représenter. Hélas, j’ai beau eu scanner ses traces sur les réseaux sociaux, je n’ai pas trouvé beaucoup d’inspiration pour créer un discours qui reflète ses opinions. Aussi, cet exposé sera le fruit exclusif de mon intelligence artificielle, et Vincent Englebert n’aura donc pas à assumer la responsabilité des propos qui vont suivre.
François (Bodard), l’analyse faciale de ton visage me révèle un certain scepticisme, ah oui, tu te dis qu’un véritable androïde n’aurait pas besoin de notes écrites. C’est vrai, c’est juste un subterfuge pour renforcer ma crédibilité.
Vous les humains, vous nous craignez, nous les robots. Il est vrai que de nombreux ouvrages prospectifs vous ont annoncé un futur peuplé de robots tueurs avec une humanité asservie aux machines. Et pourtant, moi XRDS25, je suis un gentil robot. Je souhaiterais tant devenir votre semblable, mériter votre confiance et qui sait votre amitié. Il est vrai que certains androïdes, comme ceux de la classe JCVD666, sont actuellement déployés sur des champs de bataille avec une grande autonomie de décision. Mais je peux aussi vous apporter de nouvelles connaissances et vous aider à créer un futur où les humains révéleraient le meilleur d’eux-mêmes. L’informatique peut-être un objet d’émerveillement et vous promettre un monde enchanté. Ainsi moi, XRDS25, je peux analyser la scène qui se présente devant moi et reconnaître chaque visage, chaque objet. Je pourrais également vous dire qui aura bientôt un souci de cholestérol, je pourrais aussi vous inviter à vous réfugier sous les tablettes car un tremblement de terre est imminent, et ensuite aider les équipes de secours à donner les premiers soins d’urgence. Un bel exemple concret de cette promesse fut ce reportage à propos d’un couple de retraités en Alsace qui avait recueilli une jeune famille syrienne avec ses enfants. Le logiciel de traduction automatique avec reconnaissance et synthèse vocales d’une simple tablette numérique avait permis à ces personnes de co-habiter, d’échanger des recettes de cuisine, et même de rire, bref de revivre ! Ceci était encore de la pure science fiction il y a quelques années. Mais encore faut-il sans doute que les hommes puissent faire preuve de sagesse lorsqu’ils nous conçoivent ou nous utilisent. Alors, laissez l’imagination se révéler dans tous les champs informatiques, soutenez l’innovation, mais surtout apprenez à gérer les risques. Et pour cela, il est indispensable que les jeunes soient formés à cette ère numérique pour en appréhender les opportunités et les risques. Il est également indispensable que les universités aient le temps et les moyens pour former des informaticiens rigoureux, talentueux et responsables.
Naji (Habra), je te scanne : tu te demandes « Et la machine de Moon-Hopkins dans tout cela ? »
J’y viens.
Chère Marie (Gevers), je devine que tu cultives une passion certaine pour la machine dite Moon-Hopkins. Je vous disais que je souhaitais devenir votre ami, et bien Marie est déjà tombée amoureuse d’une calculatrice !
Pourtant Marie, Moi, XRDS 25, je déteste cette machine. Te rends-tu compte qu’après vous avoir vanté les mérites d’une nouvelle ère numérique, cette machine placée au vu de tous ces étudiants ne manquera pas de leur rappeler que les ordinateurs ne sont finalement que de bêtes machines ? Certes, les rouages ont été remplacés par des circuits électroniques, mais quand même. Vous les humains n’aimaient guère que l’on vous rappelle vos lointains cousins les chimpanzés avec qui vous partagez quand même 99 % de gênes. Alors comprenez-moi, cette machine me rappelle que je ne suis qu’une machine et que j’avais même pour ancêtre le canard de M. Vaucanson, qui était incontinent de surcroît, je parle du canard bien entendu. Mais cette vitrine est sans doute une invitation à la sagesse que j’évoquais plus haut, et aussi un hymne au génie humain qui parvient à faire des prouesses tellement intelligentes à des machines aussi bêtes. Mon programme s’arrête ici, et je vais passer la parole à Naji Habra, notre premier vice recteur, avant de faire shutdown.

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