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Allocution de la séance de diplomation 2018 Faculté d’informatique

Vous voici tous détenteurs d’un diplôme qui pour certains d’entre vous, vous a permis d’entrer dans la vie active, et pour d’autres d’entamer un nouveau cycle d’études. Ce « bout de papier » serait-il dès lors juste un document administratif, une forme de sésame ? Puisque in fine, vos copies d’examens sont maintenant devenues des documents administratifs aux yeux de la loi, ce diplôme ne serait-il pas devenu ni plus ni moins qu’un document administratif lui aussi ? Il est bien plus que cela à nos yeux. Ce document ne vaut que les compétences dont vous pouvez témoigner aujourd’hui et demain. En signant ce diplôme, moi-même et le recteur, au nom de tous nos collègues académiques et enseignants avons attesté que vous avez acquis toutes les compétences minimales pour être bachelier ou master, et les mots « compétences minimales » signifient bien toutes les compétences nécessaires et non un minimum de compétences.

Par ce diplôme, nous engageons notre responsabilité et nous pouvons vous assurer que cette reconnaissance a été acquise, certes avec humanité, mais sans concession, aucune, sur l’essentiel. Vous pouvez dès lors éprouver énormément de fierté aujourd’hui. Mais attester de compétences n’est pas encore suffisant à nos yeux ! Plus important encore, nous vous demandons de vous souvenir de ce diplôme comme un engagement envers des valeurs humanistes d’empathie, de solidarité, de justice, d’honnêteté, de liberté, et de partage. Tous ces mots qui esquissent la frontière entre le mal et le bien. Demain ce sera votre capacité d’autodétermination qui primera le moment venu et j’espère que nous avons pu être exemplaires sur ces points. Du moins s’y est-on efforcé chaque jour et je profite de l’occasion pour remercier tous vos enseignants.

Quoique l’on pense du décret paysage, on peut lui reconnaître un mérite : vous avez dû obtenir tous les crédits, un à un, UE par UE, à la sueur de votre front ; même au sens littéral du terme lorsque votre chambre ou votre bureau, en pleine session, affichait une température qui permettait de cuire un saumon à basse température, si si ! L’exercice n’a pas toujours été facile, et j’ai ici une pensée toute particulière pour nos étudiants en horaire décalé ou en master de spécialisation qui ont dû concilier vie professionnelle, vie de famille et vie académique tout à la fois. Mais la vie d’un étudiant en jour n’est pas toujours simple non plus, certains étudiants ont connu des situations douloureuses ou dû aussi travailler pour financer leurs études. J’ai aussi une pensée pour ces personnes étrangères qui ont trouvé refuge dans notre pays et décidé de reprendre leurs études, à qui je souhaite beaucoup de courage et un plein succès. J’espère qu’ils nous rejoindront sur ces bancs bientôt.

Beaucoup d’entre vous sont maintenant pleinement engagés dans la vie active, dans des domaines aussi variés que l’analyse, le développement, la sécurité, l’audit, ou la conception de SI ; mais certains d’entre vous travaillent certainement déjà sur des projets ayant trait à l’Intelligence Artificielle, ce domaine d’étude si fascinant puisqu’il évoque de vieux fantasmes, comme celui de nous voir devenir les Prométhée d’une nouvelle ère. En effet, ne serions-nous pas, nous informaticiens, en train de créer une nouvelle branche de la phylogénie, qui serait le fruit exclusif de notre intelligence ? Une entité faite de silicium, capable d’apprendre, de raisonner, que l’on pourrait même qualifier de sensible, puisque capable de sentir, voir, entendre, et mesurer. Elle peut également agir, les robots en sont un bel exemple. Toutefois, certains redoutent que l’IA ne devienne plus intelligente que nous ou accapare nos libertés. Elle serait donc néfaste et certains préconisent même d’arrêter les recherches en IA. Vous avez encore pu entendre ou lire ces propos dernièrement dans la presse.

Tout un chacun qui a un tant soit peu programmé devrait bien sûr s’étonner du caractère « intelligent » que l’on confère si rapidement à l’IA. Elle reste et restera un automate savant, qui étonne ses contemporains par ses prouesses, mais qui sera sans doute juste une curiosité pour nos petits-enfants, tout comme l’est devenue « la bombe » de Turing dont on connaît l’importance dans l’issue de la Seconde Guerre mondiale. L’automate a beau être paré d’habits ravissants et d’un beau masque, ses dessous sont faits de paille et d’une armature en balsa ; et c’est là tout le génie des informaticiens, en réalité. Cet automate savant est toutefoisriche de promessespour l’humanité. Dernièrement, une IA au MIT a été capable d’énoncer de nouvelles lois en physique, l’IA peut prévenir des cataclysmes ou des pandémies, elle peut nous aider à faire émerger des vérités ou des lois enfouies dans ces données que nous produisons et stockons. Dans notre vie de tous les jours, elle peut redonner de l’autonomie aux personnes handicapées, permettre à des personnes de différentes cultures de communiquer ensemble, ou de venir compléter des dispositifs pédagogiques. Ainsi, prétendre que l’IA est néfaste est donc réducteur et erroné même s’il est vrai que certains usages sont grandement discutables ! Lorsqu’on installe l’IA dans les prétoires à de seules fins d’économie, lorsqu’on envisage des enseignements sans enseignants, des hôpitaux sans médecins, ou des armées de robots, qui est coupable ? Sinon le politique, les entreprises ou nous-mêmes par notre passivité ou crédulité ? Mais est-il bien correct de faire le procès de l’IA ? N’est-ce pas là se tromper de combat et commettre une grave erreur ?

En fait, dès ses balbutiements, l’informatique a été utilisée tantôt pour le meilleur et tantôt pour le pire. Pour le meilleur, par exemple, en contribuant à la défaite du nazisme avec les travaux de Turing, ou pour le pire en aidant le régime nazi à gérer les camps de concentration avec la machine à tabulation d’IBM. C’est ici la responsabilité des hommes et de la société en général qui est en jeu. Il est vrai que la puissance de cet « automate savant » est maintenant tellement démultipliée que nous devons encore davantage rester vigilants pour que notre science ou notre art contribue exclusivement à la construction d’un monde meilleur.

Tant que nous aurons conscience que l’IA n’est qu’un « automate savant », avec ses limitations et ses biais, nous pourrons rester critiques. Le périls’installera lorsque nous, la collectivité, baisserons notre garde et lui confierons notre destin aveuglément, par paresse ou par lassitude, par excès de confiance, ou par manque de civisme ou d’éducation. Aussi, je voudrais ici saluer les efforts de mes collègues qui œuvrent à l’éducation des enfants dès le plus jeune âge, par la « déconstruction » de l’IA pour mieux la comprendre ou la maîtriser. Je voudrais saluer aussi nos autorités d’avoir initié une grande réflexion sur l’ouverture des cursus universitaires au fait numérique. Le travail ne sera pas facile, mais il est entamé. Et je peux vous annoncer que l’Université sera aussi partenaire d’un grand salon sur le numérique et la pédagogie qui se tiendra au Palais des expositions de Namur où nous attendons 3000 enseignants du primaire et du secondaire ; d’autres initiatives du même genre sont également en chantier. En effet, l’éducation reste le meilleur outil pour prévenir les dérives évoquées plus haut.

Alors, oui plus que jamais, vous avez maintenant une responsabilité décuplée lorsque vous concevrez, utiliserez, achèterez, ou déploierez des systèmes à base d’IA, et ce afin que l’IA serve au mieux l’humanité. Mais vous êtes prêts et nous n’en doutons pas.

Namur, le 9 novembre 2018.

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Alzheimer: L’apport des TIC

On estime qu’en 2020 une personne sur quatre de plus de 65 ans sera touchée par la maladie d’Alzheimer. En attendant que la recherche médicale puisse guérir ou prévenir cette maladie, il semble naturel de se tourner vers la technologie pour aider les malades et leurs proches, voire même pour retarder la progression de la maladie. Toutefois, le problème n’est pas simple puisque les malades sont généralement des personnes âgées souvent concernées par d’autres difficultés liées au vieillissement et elles sont probablement peu habituées aux nouvelles technologies. En outre, ces facilités devraient s’adapter tant à l’aspect dégénératif de la maladie qu’au vieillissement, avoir un coût raisonnable et être acceptées par toutes les personnes concernées (aidants, proches, soignants…). L’équation est d’autant plus complexe que la maladie est encore fort méconnue et prend des formes très variables d’un individu à l’autre.
Néanmoins, l’informatique et les nouvelles technologies (smartphone, smarthome, réseaux sociaux, objets connectés…) peuvent déjà apporter des solutions concrètes à différents égards, que ce soit dans le domaine de la santé (suivi, rappel des soins, etc), des loisirs (jeux adaptés, multi-utilisateurs), de la stimulation sensorielle et intellectuelle, de l’aide à l’orientation dans le temps et l’espace (localisation, guidage, information ambiante…), du maintien à domicile, de la communication, de la vie sociale, de la sécurité, sans oublier l’assistance des aidants et autres proches. Parfois, ces technologies viennent en complément d’aides liées au seul problème du vieillissement, comme l’adaptation aux personnes démentes d’appareillages conçus pour les personnes âgées (fauteuils électriques, téléphones, plans de cuisson…). Elles peuvent être des alternatives intéressantes à des mesures de placement, de contention, ou de médicalisation mais aussi soulager les aidants en conférant davantage d’autonomie au malade. A contrario, certaines solutions solliciteront davantage les proches voire le malade et nécessiteront donc une attention particulière avant l’adoption. Il en va de même pour les applications dont dépendrait le bien-être de la personne. Leur sûreté de fonctionnement devra être évaluée avec soin. Le souci est encore plus grand lorsque des objets connectés sont utilisés. De même, lorsque des solutions collectent des informations ou utilisent le « cloud », il est nécessaire de connaître les garanties apportées concernant la protection des données personnelles. Enfin, certaines applications nécessiteront une immixtion dans l’intimité du malade (vidéo surveillance, géolocalisation, contrôle à distance…). Il sera dès lors indispensable de les questionner sur le plan éthique et plus que jamais d’avoir le consentement éclairé du malade. 
 
Article paru dans Bloc Note n° 100 de la ligue Alzheimer.
Décembre 2017

Réparer les connecteurs d’un viseur à prisme AE (ME) pour Bronica SQ-AI

Votre posemètre de votre viseur AE affiche insolemment ERR et toutes les manipulations préconisées par le mode d’emploi n’y changent rien… oh désespoir. Les griffes de contact de votre viseur avec les broches en laiton du dos sont sans doute devenues trop lâches avec le temps et ne font plus contact. Cela empêche le dos de communiquer la sensibilité du film au viseur… Si elles font un petit bruit de cliquetis en retournant le viseur, alors ne cherchez plus !
Pas de panique, la réparation est assez simple.
Le seul outil nécessaire à cette manipulation est un petit tournevis cruciforme PH#00 que l’on trouve dans les magasins de bricolage.
  1. Placez le viseur face à vous et retourné sur le dos, avec l’oculaire vers vous [Image 1].
  2. Vous voyez alors les deux griffes de contact, installées dans une plaque fixée sur le viseur.
  3. Enlevez les 4 vis à chaque coin de cette petite plaque (sans toucher aux autres vis) [Image 1: les autre flèches]. Prélevez-les et rangez les précieusement dans un boitier.
  4. Soulevez la plaque de vous vers le fond (sud vers nord) et non latéralement (est-ouest) ! Procédez doucement mais pas de panique, l’intérieur est bien fixé et aucun ressort ne va sortir tel un un diable de sa boîte [image 2, 3].
  5. Le couvercle ainsi démonté et retourné fait apparaître deux lames en forme de L fixées chacune par une vis [images 4, 5, 6]. Desserrez chaque vis sans les enlever et vous pourrez faire pivoter les lames vers l’extérieur. Ces lames devraient normalement appuyer sur les griffes sous les encoches en plastic mais avec le temps, elles se sont distendues et un jeu s’est installé. Une fois pivotées, vous pourrez les remettre à plat en appuyant doucement dessus et les remettre en place. Vérifiez bien que les lames appuient maintenant bien sur les griffes et que ces dernières sont poussées par les lames.
  6. Resserrez les vis au dessus des lames et remontez le cache sur le prisme. 
  7. L’opération est terminée.
Après avoir remonté le prisme sur votre Bronica, le message ERR devrait avoir disparu. Cela marche aussi pour les viseurs ME.

Cette notice est largement inspirée de cette page: https://www.photography-forum.org/threads/bronica-sq-me-prism-finder-fix.139050/

Image 1. Le viseur retourné, viseur vers vous, avec les quatre  vis à démonter. On voit les deux griffes au milieu.

Image 2. Zoom sur la plaque à enlever.

Image 3. La plaque est démontée.

Image 4. La lame de droite avec la vis à desserrer.

Image 5. Lame de gauche.

Image 6. Vue d’ensemble.

La pensée informatique à l’école, LeTemps tire la sonnette d’alarme en Suisse

(c) LeTemps  https://www.letemps.ch/suisse/2016/08/22/ecoles-romandes-numerique-balbutie

Dans les écoles romandes, le numérique balbutie
Alors que le canton de Berne prévoit la distribution d’appareils connectés dans ses classes, les cantons romands restent divisés sur la question. Bien souvent, les établissements privés sont davantage équipés que les écoles publiques

Entre les gommes et les pinceaux, les écrans tactiles. La semaine dernière, le canton de Berne manifestait, dans un communiqué, sa volonté d’alimenter l’ensemble des écoles du canton en réseau sans fil et de distribuer des appareils mobiles aux élèves. Alors qu’une partie des petits Romands retournent sur les bancs de l’école ce lundi, risquent-ils d’y retrouver, eux aussi, des tablettes à la place des cahiers?

Dans le canton de Vaud, peu de chance: on reste au bon vieux duo papier-crayon, et l’école connectée ne semble pas figurer sur la liste des priorités. «Cela fait longtemps que nos bâtiments sont équipés du wi-fi. Quant au renouvellement du parc informatique, cela coûterait vraiment très cher!» commente Anne-Catherine Lyon, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC) vaudois. Selon la conseillère d’Etat, les élèves possèdent déjà tablettes et smartphones à la maison et en maîtrisent l’utilisation. Si le canton n’est pas fermé à de futurs projets intégrant ces petits bijoux numériques, aucune démar­che officielle n’est prévue pour l’instant.
Un retard romand
Un immobilisme que regrette Graziella Schaller, vice-présidente des Vert’libéraux vaudois. En juin dernier, celle-ci plaidait justement devant le Grand Conseil pour l’introduction d’un cours de programmation dans les classes de primaire. L’élue souligne l’importance, pour les élèves, de comprendre les bases du fonctionnement d’outils informatiques qu’ils seront amenés à manipuler dans leurs futurs métiers. «Alors qu’on fournit peu de moyens aux enfants, on attend énormément d’eux lorsqu’ils sortent de l’école obligatoire. A ce niveau, j’ai l’impression que la Suisse romande est vraiment en retard!» Un retard qui trancherait, selon Graziella Schaller, avec les investissements technologiques des établissements privés du canton. «J’ai visité l’école GEMS, où les enfants de 4 ans ont déjà accès à tous ces outils numériques. Je me suis dit qu’il y avait un fossé incroyable entre les moyens de l’école privée et ceux de l’école publique, dont les bâtiments ne sont parfois encore équipés que de quelques ordinateurs.»
C’est aussi dans un établissement privé que la Haute Ecole pédagogique (HEP) vaudoise a lancé son projet «un élève/une tablette» à la rentrée 2014, à la suite du refus du canton de collaborer. Les élèves de neuf classes de 5e et 6e HarmoS de l’Ecole internationale bilingue Haut-Lac, à Saint-Légier, ont tous reçu une tablette pour une durée test de deux ans, qui s’est achevée en juillet. Le premier bilan est extrêmement positif: «Nous avons observé que les tablettes rendaient les élèves plus créatifs, dans la préparation d’exposés ou l’utilisation d’applications vidéo en cours de langue, par exemple. Les enfants sont également plus autonomes, notamment grâce aux exercices auto-correctifs en ligne, qui respectent mieux le rythme de chacun», explique Christian Fantoli, chercheur et professeur à la HEP.
Une «aide à la conduite»
Les enseignants semblent aussi avoir apprécié l’expérience. «Pour eux, c’est un peu comme les systèmes d’assistance en voiture: c’est une aide à la conduite quotidienne de la classe, et cela les incite aussi à varier leur style d’enseignement». Des maîtres qui ont été accompagnés tout au long du projet, avec des séances hebdomadaires de coaching et de discussion. «Recevoir le matériel ne suffit pas: les enseignants doivent absolument être formés. Sinon, ils seront dépassés par ces outils ou choisiront simplement de les laisser au placard».
Un seul bémol pour Christian Fantoli: les tablettes actuelles ne seraient pas totalement satisfaisantes, notamment en termes de sauvegarde des productions d’élèves. Malgré tout, l’école privée Haut-Lac semble conquise: l’ensemble du primaire se verra équipé de tablettes dès cette rentrée.
Inégalités cantonales
Si le privé investit massivement dans l’enseignement 2.0, du côté des écoles publiques de Suisse romande, c’est un peu chacun pour soi. «Il n’y a aucune démarche concertée au niveau des cantons à ce sujet, bien qu’il y ait un intérêt commun pour les résultats des nombreux projets pilotes, précise Olivier Maradan, secrétaire général de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP). Les décisions qui concernent ce genre d’investissements doivent passer par le législatif des cantons concernés». Or, ces derniers ne sont pas tous logés à la même enseigne. Alors que Fribourg fait office de pionnier, avec un centre dédié à la technologie dans le cadre scolaire, certains, comme le canton de Vaud, doivent composer avec des communes souveraines en termes d’aménagement des bâtiments et pas toujours prêtes à mettre la main au porte-monnaie. Subsistent, au final, de grandes inégalités.
A Genève, on l’assure, le numérique ne devrait pas tarder à s’inviter dans les écoles. Fort de plusieurs projets pilotes encourageants et d’un retour favorable des enseignants genevois, le DIP s’apprête à déposer deux projets de loi, dont un vise à fournir un lot de six tablettes à chaque classe de primaire du canton. «Le but n’est pas de faire un arrosage démesuré de matériel, mais bien que tous les élèves puissent avoir accès à ces technologies dans le cadre d’activités précises», explique Manuel Grandjean, directeur du Service écoles-médias.
«Ni retard, ni complexe!»
Si le parlement donne son feu vert, le projet sera mis en œuvre sur trois ans dans l’ensemble des communes, pour un budget total d’environ 4 à 5 millions de francs. «Les écoles privées ont fait du numérique un instrument de marketing, mais beaucoup de choses se développent aussi dans le public. On ne peut donc parler ni de retard ni de complexe!» Et la révolution est déjà en marche: cette année, le canton parachève l’équipement des classes du secondaire avec des tableaux numériques interactifs.


La Suisse est à la traîne, elle pourrait bien mieux faire
Alors que la France rejoint, dès cette rentrée, les pays qui forment les élèves du primaire au langage informatique, les écoles publiques romandes n’incluent pas cet enseignement à leur programme. Et s’il était temps de prendre le train en marche?
Mais comment armer les jeunes générations pour faire face à la révolution numérique? Si la meilleure dotation des écoles en outils digitaux est un pas en avant, encore faut-il que les élèves soient initiés à l’informatique le plus tôt possible, soulignent de nombreux observateurs. Or le Plan d’études romand (PER) ne promeut pas l’apprentissage de l’informatique comme une discipline à part entière.
Aujourd’hui encore, l’accent est mis sur l’utilisation de logiciels, la recherche d’informations ou la sensibilisation aux risques liés aux outils numériques. La pensée informatique et la programmation demeurent absentes du cursus des écoliers. Les enjeux? Comprendre les rouages des machines qui occupent une place croissante dans notre vie pour mieux les maîtriser. Poser les jalons d’une formation solide dans ce domaine et favoriser notre capacité d’innovation. Mais aussi, donner des clés aux futurs citoyens pour se prononcer sur des questions liées au numérique.
Au printemps de cette année, le Conseil fédéral dévoilait sa stratégie numérique afin de mieux positionner la Suisse dans la compétition internationale.
Plusieurs experts pointaient alors les failles du système de l’instruction publique. Dans leur sillage, Gabriel Parriaux, professeur à la Haute Ecole pédagogique du canton de Vaud, déplore cette lenteur: «Dans les innovations qui touchent tant de domaines aujourd’hui, l’informatique joue un rôle crucial. Tout comme dans les découvertes à venir. La Grande-Bretagne, ainsi que plusieurs Länder en Allemagne, ou certains pays de l’Est l’ont bien compris en réintroduisant l’informatique comme discipline en soi à l’école. La Suisse, elle, reste à la traîne.»
Le coût de l’ignorance
Il faut toutefois noter que le Lehrplan 21 (pour les cantons alémaniques) se démarque du PER, puisqu’il prévoit l’instruction à l’informatique à l’école primaire. Dès l’an prochain, la formation initiale des maîtres inclura donc cette matière. Alexander Repenning sera chargé de cet enseignement à la Haute Ecole pédagogique de la Suisse du Nord-Ouest. Lui aussi regrette que les autorités politiques ne mesurent pas l’importance des enjeux. «La Suisse n’a pas de ressources naturelles. Sa matière première, c’est l’innovation.»
Et si la frilosité des décideurs s’expliquait, en partie, par les coûts d’un tel virage? «Le coût de l’ignorance sera bien plus lourd!» sanctionne le formateur, qui a longtemps exercé aux Etats-Unis. Où l’on sait qu’un programme a été lancé cette année pour dispenser des cours d’informatique dans toutes les écoles du pays, avec un budget de 4 milliards de dollars.
Dès cette rentrée, la France rejoint le camp de ceux qui misent sur un enseignement précoce de l’informatique: à partir de 6 ans, les enfants mettront le pied à l’étrier, et dès 2017 l’épreuve de mathématiques et sciences comptant pour le brevet, au collège, testera les candidats sur l’algorithmique ou la programmation.
L’ambition ne se résume pas pour autant à former des bataillons d’informaticiens pour les besoins de l’économie. D’après ses partisans, l’initiation à la logique informatique développe une rigueur dans la façon de penser un problème, de se représenter sa solution et de mettre en œuvre cette dernière. Et dans ce processus, comme le relève Gilles Dowek, enseignant et chercheur à l’Institut national de recherche dédié au numérique, en France, l’erreur n’est pas stigmatisante: elle est signalée par l’ordinateur et non par l’enseignant, ce qui change tout pour certains élèves. Le pédagogue témoigne ainsi de certains «décrocheurs» qui ont persévéré. Avec fierté.
Mais encore? Plus on initie tôt les enfants à cette science, plus on pourra pousser loin l’apprentissage. Il en va de l’informatique comme des langues, soutient par exemple Farnaz Moser-Boroumand, cheffe du Service de promotion des sciences à l’EPFL. Sans compter que les filles seraient moins com­­plexées qu’à un âge plus avancé. La précocité est un atout pour lutter contre «la fracture entre les genres», prédit aussi Vincent Englebert, doyen de la Faculté d’informatique de l’Université de Namur, en Belgique.
Contrairement à une idée répandue, les digital natives n’ont pas la science infuse. La balle est dans le camp de l’école. Quand la saisira-t-elle?


Les chiffres, par canton
Berne. Rentrée le lundi 15 août. Effectifs (francophones): 9542 élèves, environ 1000 enseignants et 478 classes.
Fribourg. Rentrée les lundis 22 et jeudi 25 août. Effectifs: 45 935 élèves (+188 par rapport à 2015).
Genève. Rentrée le lundi 29 août. Effectifs: 73 000 élèves (+694 au primaire; +159 au secondaire; –65 au cycle).
Jura. Rentrée le mardi 16 août. Effectifs: 8118 élèves et plus de 900 enseignants.
Neuchâtel. Rentrée le lundi 15 août. Effectifs: 20 274 élèves (–130 par rapport à 2015), 2114 enseignants et 1118 classes.
Valais. Rentrée le jeudi 18 août. Effectifs: 41 986 élèves (+628 par rapport à 2015) et 4000 enseignants.
Vaud. Rentrée le lundi 22 août. Effectifs: 91 134≈élèves (+966 par rapport à 2015) et 6633 enseignants.