Enseigner la pensée informatique : carte blanche dans Le Soir

Une version condensée de mon article a été publiée dans le journal Le Soir de ce vendredi 6 mai 2016. Merci au journal LeSoir !


Enseigner la pensée informatique à l’école est une nécessité.

L’usage d’ordinateurs toujours plus petits, puissants et abordables, utilisant des algorithmes toujours plus sophistiqués élargit sans cesse le spectre des possibilités pour inventer notre futur. Cet avenir verra poindre des innovations majeures dans tous les domaines, santé, arts, enseignement, industrie… Tous les secteurs sont concernés par l’innovation informatique. Nous manquerons d’informaticiens talentueux pour que notre économie puisse profiter de cette (r)évolution. Et les citoyens devront être davantage avisés pour appréhender ces enjeux.   
Pour cela, il est nécessaire que l’informatique soit enseignée dès le plus jeune âge et s’entendre sur l’acception de cette compétence.
La Société Informatique en France définit l’informatique comme « la science et la technique de la représentation de l’information d’origine artificielle ou naturelle, ainsi que des processus algorithmiques de collecte, stockage, analyse, transformation, communication et exploitation de cette information, exprimés dans des langages formels ou des langues naturelles et effectués par des machines ou des êtres humains, seuls ou collectivement. ». Cette définition dissocie l’informatique de l’objet ordinateur. Dès lors nous parlerons de « pensée informatique »définie comme « les processus de la pensée impliqués dans la formulation de problèmes et de leurs solutions afin que celles-ci puissent être représentées sous une forme qui peut être effectivement exécutée par un agent de traitement d’informations. »[i]. Ranger une bibliothèque, planifier un trajet, concevoir des plans…, la pensée informatique est à l’œuvre, ce qui démontre son universalité. Elle consiste à modéliser des informations et des processus, raisonner à différents niveaux d’abstraction, formuler des solutions opérationnelles, les analyser, les comparer, les manipuler ou les transformer… Correctement formalisées, ces solutions peuvent être transposées en programmes exécutables par des ordinateurs. L’apprentissage de la programmation n’est donc qu’un volet de cet enseignement.
Pourtant, la pensée informatique reste ignorée des cursus scolaires. Certains objecteront que l’on n’enseigne pas la mécanique alors que nous avons tous une voiture. A contrario, on enseigne les équations du second degré, alors que peu d’étudiants se destinent aux sciences, parce qu’elles sont utiles pour affiner les compétences des élèves. Les arguments pour l’introduction de l’enseignement de la pensée informatique à l’école sont nombreux.
Les citoyens seront de plus en plus amenés à prendre position sur des enjeux liés au numérique. Ils ont trait à nos droits fondamentaux, à la diffusion des savoirs, à l’économie de nos sociétés voire à notre propre existence par l’immixtion de l’informatique dans notre être. Peut-on envisager développer cette conscience sans acquérir une culture générale de l’informatique dont la pensée informatique est le socle ?
L’essor de nos économies est tributaire d’informaticiens compétents. Or en 2013, il manquait 700.000 postes en Europe. Plus inquiétant, le nombre d’emplois dans l’ICT augmente de 3 % par an et le nombre de nouveaux diplômés en informatique diminue ! [ii]Paradoxalement, ces métiers sont reconnus de qualité par une étude réalisée en Belgique : ils se placent en 7° position entre pharmacien et notaire parmi les métiers les plus attractifs. [iii]L’enseignement de la pensée informatique doit révéler des vocations et permettre aux élèves de choisir leurs études de manière éclairée. Ce n’est pas le cas actuellement.
Enseigner l’informatique à l’école est nécessaire afin de lutter contre la fracture numérique entre classes et genres. Seulement 10 % des étudiantes entreprennent des études supérieures en informatique. Seuls deux pays de l’OCDE font légèrement moins bien que nous et ce ratio semble encore baisser. Or, ce n’est pas une fatalité. Dans certains pays, la parité est presque atteinte. Il est donc impérieux de sensibiliser les enfants à la pensée informatique dès le plus jeune âge avant que les clichés genrés ne s’installent.
La Fédération Wallonie-Bruxelles est l’unique région sur 42 où seuls 5% des adolescents de 15 ans déclarent aimer beaucoup l’école. [iv]Et si l’enseignement de l’informatique pouvait remédier à ce mal ? Cette matière suscite la curiosité. Elle introduit des aspects ludiques dans l’apprentissage et peut ancrer ses exemples dans des situations qui parlent aux enfants, en utilisant si besoin des objets qui émerveillent, robots, imprimantes 3D… Des expériences révèlent que cela profite aussi aux enseignants en difficulté.
Enfin, la pensée informatique offre les clés pour décrypter les aspects numériques de notre environnement. Elle peut/doit susciter des questionnements, des doutes, des inquiétudes quant à certaines politiques ou annonces. Bref, elle nous aide à devenir davantage citoyen de ce monde toujours plus numérique.
À ce sujet, l’Académie des Sciences de France[v]  concluait qu’il est urgent de ne plus attendre. En Grande Bretagne la BBC va distribuer un million d’ordinateurs aux élèves de 11-12 ans pour les initier à la programmation et une bourse de 24.000€ est offerte aux étudiants qui se destinent à l’enseignement de l’informatique. En FWB, nous ne sommes nulle part, mais c’est là une extraordinaire opportunité. Prenons les devants. Le problème n’est pas simple, mais les bonnes volontés et compétences sont là. Alors qu’attendons-nous ?
Il faudra principalement surmonter deux difficultés.
D’abord adapter les programmes scolaires. Une étude en France révèle que 87% des parents souhaitent que la programmation soit enseignée à l’école.
Ensuite adapter les formations des enseignants ou leur dispenser cette compétence par des certificats spécifiques. En 2013 le gouvernement avait envisagé l’allongement des formations initiales de professeur du secondaire inférieur de 3 à 5 ans. Il existe donc une marge de liberté pour préparer adéquatement certains enseignants.
Enfin, la pensée informatique peut être enseignée dès le plus jeune âge sans recourir à des ordinateurs. L’initiative CS Unplugged [vi]l’a démontré dans différents domaines : représentation de l’information, algorithmique, cryptographie, interaction humain-machine… Les élèves auront bientôt tous un smartphone connecté, et le cas échéant des ordinateurs adaptés pour l’apprentissage coûtent moins de 5€. Les logiciels nécessaires peuvent tous se trouver gratuitement dans les communautés open source. Le coût de l’infrastructure n’est donc pas un frein à la mise en œuvre de cette réforme.
Nous devons le meilleur aux enfants, et l’enseignement de la pensée informatique en fait partie.
Vincent Englebert, Prof. d’informatique, Doyen de la Faculté d’informatique de l’Unamur.


[i]           Demystifying Computational Thinking for Non-Computer Scientists. Jan Cuny, Larry Snyder and Jeannette M. Wing,  2010.
[ii]          Communiqué de presse de la commission européenne, Davos, janvier 2013.
[iii]         Étude du marché de l’emploi 2011 : l’attractivité des professions en Belgique. Randstad.
[iv]         Les élèves belges francophones aiment moins l’école que les autres élèves européens. Le Soir 15 mars 2016.
[v]          L’enseignement de l’informatique en France – Il est urgent de ne plus attendre. Rapport de l’Académie des sciences, mai 2013.

Enseigner la pensée informatique est une nécessité

Le 21° siècle sera numérique ou ne sera pas, voire les deux puisque certains prédisent même la fin des temps avec le développement de l’intelligence artificielle [i]. Sans entrer dans d’aussi noires prémonitions, l’usage d’ordinateurs de plus en plus petits, toujours plus puissants et abordables utilisant des algorithmes toujours plus sophistiqués élargit sans cesse le spectre des possibilités pour répondre à de nouveaux défis ou inventer notre futur. Cet avenir verra poindre des innovations majeures dans tous les domaines, la santé, les arts, l’enseignement, l’industrie… Tous les secteurs sont concernés par l’innovation liée à l’informatique. Nous manquerons d’informaticiens talentueux pour que notre économie puisse profiter de cette (r)évolution et les citoyens devront être davantage avisés pour appréhender ses enjeux. Ange ou démon, l’informatique n’est ni l’un ni l’autre. Juste un outil dont nous devons décider des usages et être capables d’anticiper ses impacts sur notre société.
Pour cela, encore faudrait-il que l’informatique soit enseignée dès le plus jeune âge !
Si cette thèse fait sens pour les professionnels du domaine, elle est interprétée de multiples façons par le grand public. On en retiendra les principales : maîtriser des logiciels, découvrir la culture du numérique, tirer partie du numérique en pédagogie et enfin l’enseignement de la pensée informatique. C’est cette dernière acception que nous retiendrons en reprenant la définition du mot « informatique » de la Société Informatique en France : « L’informatique est la science et la technique de la représentation de l’information d’origine artificielle ou naturelle, ainsi que des processus algorithmiques de collecte, stockage, analyse, transformation, communication et exploitation de cette information, exprimés dans des langages formels ou des langues naturelles et effectués par des machines ou des êtres humains, seuls ou collectivement. » [ii]
Cette définition est intéressante car elle dissocie l’informatique de l’objet ordinateur, et nous préférerons dès lors parler de « pensée informatique » qui est définie comme « les processus de la pensée impliqués dans la formulation de problèmes et de leurs solutions afin que celles-ci puissent être représentées sous une forme qui peut être effectivement exécutée par un agent de traitement d’informations. »[iii]. Lorsque l’on range une bibliothèque, lorsqu’on planifie un trajet sur une carte, lorsqu’on compare des offres d’abonnement, ou lorsqu’on conçoit les plans d’une future maison, la pensée informatique est à l’œuvre, et ce sans que l’objet ordinateur ne soit concerné, ce qui démontre son universalité. La pensée informatique consiste à modéliser des informations et des processus, à pouvoir raisonner à plusieurs niveaux d’abstraction, à formuler des solutions opérationnelles et les analyser ou les comparer, formaliser ces solutions, les manipuler ou les transformer… Correctement formalisées, ces solutions peuvent être transposées en programmes informatiques exécutables par des ordinateurs. L’apprentissage de la programmation informatique n’est donc qu’un volet de cet enseignement.
Pourtant, cette discipline reste ignorée dans les cursus scolaires. Certains objecteront que l’on n’enseigne pas la mécanique quand bien même nous conduisons tous une voiture. A contrario, on enseigne largement le latin ou les équations du second degré alors que peu d’étudiants se destinent aux lettres classiques ou aux sciences. Ces matières sont en effet jugées utiles voire indispensables pour affiner le raisonnement ou les connaissances des élèves. Or les arguments pour l’introduction de l’enseignement de la pensée informatique à l’école sont nombreux.
Les citoyens seront de plus en plus amenés à prendre position à propos d’enjeux liés au numérique. Ils ont trait à nos droits fondamentaux, à la diffusion des savoirs, à l’économie de nos sociétés voire à notre propre existence par l’immixtion de l’informatique dans notre être (le transhumanisme). Peut-on envisager développer cette conscience sans acquérir une culture générale de l’informatique dont la pensée informatique en constitue le socle.
L’informatique est maintenant reconnue comme une discipline scientifique à part entière. Tout comme la physique ou la biologie, elle doit donc être enseignée à l’école.
L’essor de nos économies est tributaire de professionnels compétents en informatique. Or, en 2013, il manquait 700.000 postes afin de soutenir la compétitivité européenne. Plus inquiétant, alors que le nombre d’emplois dans l’ICT augmente de 3 % par an, le nombre de nouveaux diplômés en informatique diminue ! [iv] Paradoxalement, ces métiers sont reconnus de qualité par une étude réalisée en Belgique. L’informaticien se place en 7° position entre pharmacien et notaire dans les métiers les plus attractifs [v] L’enseignement de la pensée informatique ne doit pas avoir de finalité professionnelle, mais elle doit révéler des vocations et permettre aux élèves de se destiner aux études de leurs choix de manière éclairée. Ce n’est pas le cas actuellement.
L’enseignement de l’informatique peut profiter des autres matières et contribuer aux autres piliers de
l’enseignement. Son caractère universel est ici un atout majeur. Nombre de questions en sciences, mais aussi en français ou en histoire peuvent être abordées lors des cours d’informatique. De même, le cours d’informatique peut aider à motiver davantage la finalité des autres cours : l’importance du détail dans l’analyse des textes, l’usage de la géométrie dans le dessin… La place de cet enseignement ne se ferait donc pas au préjudice des cours existants mais serait une véritable aubaine.
L’enseignement de l’informatique à l’école est nécessaire afin de lutter contre la fracture numérique, mais plus encore contre la fracture entre genres dans leur rapport au numérique. Les femmes devraient-elles être réduites à utiliser une « informatique » pensée et mise au point par les hommes ? En Belgique, seulement 10 % des étudiantes entreprennent des études supérieures en informatique. Seuls deux pays de l’OCDE font légèrement moins bien que nous et ce ratio semble encore baisser. Encore plus troublant, seuls 1,5 % des développeurs open source sont des femmes [vi] et celles-ci n’ont rien à envier aux hommes pourtant[vii] ! Or, ce n’est pas une fatalité. Dans certains pays (Mexique, Malaisie, Iran…), la parité entre genres dans les études informatiques est presque atteinte. La participation des filles aux événements Devoxx4kids est également encourageante. Pour contrer cette inégalité, il est impérieux de sensibiliser les enfants à la pensée informatique dès le plus jeune âge avant que les clichés genrés ne s’installent, en veillant bien à la neutralité de cet enseignement.
« Seuls 4% des garçons et 6% des filles de 15 ans scolarisés en Belgique francophone déclarent aimer beaucoup l’école. Sur 42 régions et pays, situés surtout en Europe, la Fédération Wallonie-Bruxelles est l’entité où cette proportion est la plus faible, ressort-il d’une enquête menée par le réseau international de chercheurs Health Behaviour of School-age Children (HBSC) » [viii]. Et si l’enseignement de l’informatique était une solution pour remédier à ce mal ? Cette matière suscite la curiosité et la participation des enfants, elle introduit des aspects ludiques dans l’apprentissage et peut ancrer ses exemples et ses exercices dans des situations qui parlent aux enfants, en utilisant si besoin des objets qui émerveillent comme des robots, des senseurs, des imprimantes 3D… Certaines expériences en France révèlent que cet enseignement profite également aux enseignants qui sont en questionnement par rapport à des classes dites difficiles.
Enfin, la pensée informatique offre les clefs fondamentales pour décrypter les aspects numériques de notre environnement. Elle peut susciter des questionnements, des doutes, des inquiétudes quant à certaines politiques ou annonces. Elle aide à développer une argumentation plus rationnelle sur ces questions. Elle permet de comprendre les atouts mais aussi les limites de l’innovation informatique. Bref, elle nous aide à devenir davantage citoyen de ce monde toujours plus numérique.
Le débat « Quelle(s) place(s) pour l’informatique à l’école ? »[ix] qui s’est tenu à Namur ce 25 janvier a révélé que l’enseignement de l’informatique n’était pas une urgence pour le monde politique, même si son importance est reconnue dans les travaux[1] du « pacte pour l’excellence » [x] et dans le « plan du numérique ». Pourtant, il est urgent de ne plus attendre comme l’argue l’Académie des Sciences de France[xi]. Déjà en Grande Bretagne, des initiatives naissent. La BBC va distribuer un million d’ordinateurs « micro-bit » aux élèves de 11-12 ans pour les initier à la programmation [xii] et le gouvernement anglais offre une bourse de 24.000€ aux étudiants qui comptent se destiner à l’enseignement de l’informatique [xiii]. En Fédération Wallonie Bruxelles, nous ne sommes nulle part, comme beaucoup d’autres pays, mais c’est là une extraordinaire opportunité. Prenons les devants. Le problème n’est pas simple, mais les bonnes volontés sont là ainsi que les compétences. Alors qu’attendons-nous ?
Il faudra principalement surmonter deux difficultés.
Premièrement, il faudra adapter les programmes scolaires. Cela nécessitera du courage politique, mais une étude en France révèle que 87% des français souhaitent que la programmation[2] soit enseignée à l’école (24% à partir du primaire, 41 % à partir du collège) [xiv]. Un groupe de travail inter-universitaire est déjà à l’œuvre.
Deuxièmement, cet enseignement devra être assuré par des enseignants motivés et formés. Il faudra donc adapter les formations initiales des enseignants ou leur dispenser cette compétence par des certificats spécifiques. En 2013, le gouvernement avait envisagé l’allongement des formations initiales de professeur du secondaire inférieur de 3 à 5 ans [xv]. Il existerait donc une marge de liberté pour préparer adéquatement certains enseignants. Pour le secondaire supérieur, il ne serait pas stupide de s’inspirer du modèle américain. À Stanford, plus de 90 % des étudiants tous domaines confondus sont initiés à la méthodologie de la programmation informatique [xvi, xvii]
Terminons par des opportunités. De nombreux pans de la pensée informatique peuvent être enseignés dès le plus jeune âge, et ce sans recourir à des ordinateurs. L’initiative « CS Unplugged » [xviii] l’a démontré dans différents domaines : représentation de l’information, l’algorithmique, la calculabilité, la cryptographie, l’interaction humain-machine… Les élèves auront bientôt tous dans leur poche un smartphone connecté, et le cas échéant on peut acheter pour 5€ des ordinateurs parfaitement adaptés pour l’apprentissage (Raspberry zero [xix] , BBC micro:bit [xx]). Les logiciels nécessaires peuvent tous se trouver gratuitement dans les communautés open source [xxi]. Le coût de l’infrastructure n’est donc pas un frein à la mise en œuvre de cette réforme.
Nous devons le meilleur à nos enfants, et l’enseignement de la pensée informatique en fait partie.

Notes

1 « Les compétences numériques de base à acquérir par cycles sont à définir et à insérer au sein des référentiels existants, notamment les socles. […] Dès le primaire, une initiation à la logique du numérique peut utilement être réalisée par la programmation de machines simples. »
2 La programmation n’est qu’un aspect de ce que nous avons dénommé « pensée informatique ».

Références

i « Stephen Hawking warns artificial intelligence could end mankind » http://www.bbc.com/news/technology-30290540
ii « L’informatique : la science au cœur du numérique »  http://binaire.blog.lemonde.fr/2014/01/19/linformatique-la-science-au-coeur-du-numerique-1/
iii Jan Cuny, Larry Snyder and Jeannette M. Wing, “Demystifying Computational Thinking for Non-Computer Scientists” work in progress, 2010
iv Communiqué de presse de la commission européenne lors du sommet de Davos. http://europa.eu/rapid/press-release_IP-13-52_fr.htm
v « Étude du marché de l’emploi 2011 : l’attractivité des professions en Belgique ». Randstad.
vii « Women considered better coders – but only if they hide their gender » http://www.theguardian.com/technology/2016/feb/12/women-considered-better-coders-hide-gender-github
viii « Les élèves belges francophones aiment moins l’école que les autres élèves européens » http://www.lesoir.be/1150730/article/actualite/enseignement/2016-03-15/eleves-belges-francophones-aiment-moins-l-ecole-que-autres-eleves-europeens
ix Soirée débat « Quelle(s) place(s) pour l’informatique à l’école ?» http://www.unamur.be/info/debat
x Sens, valeurs, objectifs et missions de l’école du XXIe siècle. Rapport du Groupe de travail 2. Juin 2015
xii « BBC Micro Bit specs, features and release date: BBC begins rolling out 1m Micro Bits to UK schools »  http://www.itpro.co.uk/public-sector/24938/bbc-micro-bit-specs-features-and-release-date-bbc-begins-rolling-out-1m-micro?utm_content=buffer4e8fe
xiv « Informatique à l’école: “La Main à la Pâte”, un exemple dont on pourrait s’inspirer » http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/informatique-a-l-ecole-la-main-a-la-pate-un-exemple-dont-on-pourrait-s-inspirer_1561475.html

xvi « Dans les universités américaines, l’informatique fait partie du cursus des étudiants littéraires »  https://www.speechi.net/fr/2013/12/11/dans-les-universites-americaines-linformatique-fait-partie-du-cursus-des-etudiants-litteraires/
xvii « CS 106A: Programming Methodology (Java), Spring 2016 » http://web.stanford.edu/class/cs106a/textbook.shtml

xviii « CS Unplugged. Computer science without a computer » http://csunplugged.org/

Décembre 2015

Bruit de bottes derrière la frontière
j’entends que ça vitupère
bruit de bottes derrière la frontière
ils ont éteint les Lumières

Une femme aux cheveux blonds
leur a foutu les jetons
une femme aux cheveux teints
leur a promis de grands matins
elle a dit fierté et fermeté
ils se sont redressés
elle a dit c’est la faute de l’étranger
ils ont approuvé
elle a parlé de tout contrôler
ils étaient transportés
   
Ils ont oublié d’où ils venaient
descendant de Polonais
fuyant les plaines enneigées
petit-fils d’Italien parti sans rien
paysan flamand du bâtiment
Harki banni de sa Kabylie
Ils ont oublié les photos dans le tiroir
celles qui racontent leur mémoire.
La mine a fermé, les temps ont changé
et les cœurs se sont asséchés.

Bruit de bottes derrière la frontière
j’entends que ça vitupère
bruit de bottes derrière la frontière
ils ont éteint les Lumières

Les voilà prêts à accepter
des libertés au rabais
pour rabattre quelques caquets
qu’importent les bibliothèques expurgées
les artistes nationalisés
Finie la liberté d’aimer
et les prénoms qui faisaient voyager
il faudra se contenter du calendrier
ça ne sera plus la peine d’apprendre l’anglais
les barrières seront toujours baissées

Bruit de bottes derrière la frontière
j’entends que ça vitupère
bruit de bottes derrière la frontière
j’espère qu’ils vont rallumer les Lumières

             (c) Sophie Colpaert – Déc. 2015

Un moment pour #Paris

Vous avez tous appris le drame de Paris. Nous avons tous été atterrés par ces attentats meurtriers, lâches et stupides, conduits par des personnes égarées en marge de notre humanité. Ne nous y trompons pas, ces actes sont téléguidés afin de nous entraîner dans la haine de l’autre, de nous monter les uns contre les autres, religion contre religion, nationalité contre nationalité, couleur contre couleur. Cette mécanique est infernale, sournoise et est à l’oeuvre. Alors afin de témoigner notre solidarité avec le peuple français et toutes les nations touchées par le terrorisme, afin d’exprimer notre compassion envers les victimes et leurs proches; mais surtout pour crier haut et fort que nous ne tomberons pas dans leur piège, utilisons l’arme absolue contre le terrorisme, une arme tellement redoutable que l’on a aujourd’hui souvent beaucoup de peine à écrire ou prononcer son nom : l’amour ! Réapprenons à nous aimer les uns les autres, quels que soient nos cultures, nos origines, nos religions, nos nationalités ou la couleur de nos peaux.
Rendez-vous ce lundi à 12H40 dans le Forum de la Paix, pour une manifestation silencieuse et digne, et nous vous invitons à produire un coeur avec vos mains, le temps d’une photo que nous diffuserons sur le WEB.
Nous n’avons pas peur, nous resterons dignes, sages et debout!
Merci pour votre attention, à lundi.

Une initiative d’Anthony Cleve, Claire Lobet et Vincent Englebert.
Appel lancé le lundi à 11H par mail.

Discours – Inauguration de la machine Moon-Hopkins

Machine Burrough Série M
En tant que Doyen de cette Faculté, je vous remercie de vous être déplacés aussi nombreux pour l’inauguration de l’installation de la machine dite “Moon-Hopkins”, qui a trouvé un écrin naturel puisque ce bâtiment héberge la première Faculté d’informatique créée en Fédération Wallonie Bruxelles. Merci Monsieur le Recteur d’avoir accepté d’ouvrir cette inauguration. Mais surtout, je souhaiterais remercier Monsieur Jacques Laffut qui a très généreusement fait don de la machine Moon-Hopkins à notre Faculté et Mme Marie Gevers qui a été le cheville ouvrière de cette opération. Sans oublier, mon prédécesseur, le Prof. Naji Habra, pour avoir soutenu cette initiative et Mme Di Guardia qui a supervisé l’installation de cette pièce muséale.
Vincent Englebert est actuellement à l’étranger et vous prie de l’excuser. Il m’a chargé,moi XRDS 25, son robot androïde, de le représenter. Hélas, j’ai beau eu scanner ses traces sur les réseaux sociaux, je n’ai pas trouvé beaucoup d’inspiration pour créer un discours qui reflète ses opinions. Aussi, cet exposé sera le fruit exclusif de mon intelligence artificielle, et Vincent Englebert n’aura donc pas à assumer la responsabilité des propos qui vont suivre.
François (Bodard), l’analyse faciale de ton visage me révèle un certain scepticisme, ah oui, tu te dis qu’un véritable androïde n’aurait pas besoin de notes écrites. C’est vrai, c’est juste un subterfuge pour renforcer ma crédibilité.
Vous les humains, vous nous craignez, nous les robots. Il est vrai que de nombreux ouvrages prospectifs vous ont annoncé un futur peuplé de robots tueurs avec une humanité asservie aux machines. Et pourtant, moi XRDS25, je suis un gentil robot. Je souhaiterais tant devenir votre semblable, mériter votre confiance et qui sait votre amitié. Il est vrai que certains androïdes, comme ceux de la classe JCVD666, sont actuellement déployés sur des champs de bataille avec une grande autonomie de décision. Mais je peux aussi vous apporter de nouvelles connaissances et vous aider à créer un futur où les humains révéleraient le meilleur d’eux-mêmes. L’informatique peut-être un objet d’émerveillement et vous promettre un monde enchanté. Ainsi moi, XRDS25, je peux analyser la scène qui se présente devant moi et reconnaître chaque visage, chaque objet. Je pourrais également vous dire qui aura bientôt un souci de cholestérol, je pourrais aussi vous inviter à vous réfugier sous les tablettes car un tremblement de terre est imminent, et ensuite aider les équipes de secours à donner les premiers soins d’urgence. Un bel exemple concret de cette promesse fut ce reportage à propos d’un couple de retraités en Alsace qui avait recueilli une jeune famille syrienne avec ses enfants. Le logiciel de traduction automatique avec reconnaissance et synthèse vocales d’une simple tablette numérique avait permis à ces personnes de co-habiter, d’échanger des recettes de cuisine, et même de rire, bref de revivre ! Ceci était encore de la pure science fiction il y a quelques années. Mais encore faut-il sans doute que les hommes puissent faire preuve de sagesse lorsqu’ils nous conçoivent ou nous utilisent. Alors, laissez l’imagination se révéler dans tous les champs informatiques, soutenez l’innovation, mais surtout apprenez à gérer les risques. Et pour cela, il est indispensable que les jeunes soient formés à cette ère numérique pour en appréhender les opportunités et les risques. Il est également indispensable que les universités aient le temps et les moyens pour former des informaticiens rigoureux, talentueux et responsables.
Naji (Habra), je te scanne : tu te demandes « Et la machine de Moon-Hopkins dans tout cela ? »
J’y viens.
Chère Marie (Gevers), je devine que tu cultives une passion certaine pour la machine dite Moon-Hopkins. Je vous disais que je souhaitais devenir votre ami, et bien Marie est déjà tombée amoureuse d’une calculatrice !
Pourtant Marie, Moi, XRDS 25, je déteste cette machine. Te rends-tu compte qu’après vous avoir vanté les mérites d’une nouvelle ère numérique, cette machine placée au vu de tous ces étudiants ne manquera pas de leur rappeler que les ordinateurs ne sont finalement que de bêtes machines ? Certes, les rouages ont été remplacés par des circuits électroniques, mais quand même. Vous les humains n’aimaient guère que l’on vous rappelle vos lointains cousins les chimpanzés avec qui vous partagez quand même 99 % de gênes. Alors comprenez-moi, cette machine me rappelle que je ne suis qu’une machine et que j’avais même pour ancêtre le canard de M. Vaucanson, qui était incontinent de surcroît, je parle du canard bien entendu. Mais cette vitrine est sans doute une invitation à la sagesse que j’évoquais plus haut, et aussi un hymne au génie humain qui parvient à faire des prouesses tellement intelligentes à des machines aussi bêtes. Mon programme s’arrête ici, et je vais passer la parole à Naji Habra, notre premier vice recteur, avant de faire shutdown.